samedi 15 mai 2010

Le sens du gâteau

Hier nous avons déjeuné dans un traiteur restaurant asiatique de Nogent sur Marne, un attentat à la gastronomie comme il en existe tant d'autres à Paris. Je pense particulièrement aux Cha Gio réchauffés au micro-onde, dans le bol de boboun en plastoc avec les pousses de soja et la salade au fond tant qu'on y est. En dessert, puisqu'il faut bien arriver à 7€50 le montant de nos Chèques Restaurant (à un carambar près), E*** avait pris un cône coco (une boule coco, mais trop irradiée) et cette sorte de patisserie rectangulaire plutôt plate, constituée d'une couche jaune prise en sandwich entre deux couches blanc opalescent, le tout enveloppé dans une feuille de cellophane, dont l'étiquette à l'encre rouge suggère une élaboration à Ivry/13e ainsi que la présence de soja et de goût bananoïde dedans.



Le sens de ce met ne vous est probablement pas inconnu, mais pour le cas où des lecteurs-rices différement culturés consulteraient cette colonne, je voudrais rappeler ici en substance comment tenter d'atténuer, auprès des collègues dont la couleur est plus celle des couches extérieures que du milieu, le choc culturel causé par l'aliment qui ne s'insère nulle part dans les réseaux mémoriels gustatifs ouesteuropéens. Dire donc que l'arôme artificiel de banane est un substitut, qui renvoie au souvenir d'une confection traditionnelle emballée en vraies feuilles d'arbres, difficiles à trouver en masse à pas cher sous nos climats, surtout cette année (de source généralement bien informée). Dire aussi que la dégustation devrait se faire par petits fragments d'environ 1cm3. Et enfin révéler ce n'est pas un dessert, mais un accompagnement du thé de courtoisie, qui ne peut s'apprécier véritablement qu'après une bonne marche dans la jungle, ou deux heures de route sauvage à bord un bus soviétique, sur une petite table en bambou et de petits tabourets. Car tel est le sens du gâteau, merci de votre attention.

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