Les générations futures ne vont pas pouvoir prendre l'avion aussi souvent que nous. Pour la première fois, j'ai eu le sentiment qu'ils ne s'en porteront pas plus mal. Onze heures de transit intercontinental, bien rangés dans un cylindre en métal bruyant, existentiellement ça tient pas la route. Demi-sommeiller passablement assis en regardant des navets (GI Joe, Harry Potter 6, 500 jours d'été) par morceaux (les séances sont synchronisées, pas on-demand) ça ne vaut pas un cours de danse afro-caribéenne avec Ivan et Kenny le samedi après midi au Kremlin Bicetre. Ni meme un tour du Parc de Sceaux, sinon du Bois de Verrières, en famille (Chipie en fait partie hein).
A part les questions philosophiques (où vais-je, pourquoi, quand-est-ce qu'on mange ?) le voyage se passe sans anicroches. C'est très simple: départ de la maison à 10h en voiture, puis RER, interconnexion RER à Gare du Nord, Boeing 777, Voiture, Bus, Minibus, Bateau, Minibus et pour finir arrivée en Bateau vers midi le lendemain (6h du matin à l'horloge biologique). Le monde est assez bien organisé finalement, il ne faut que 20 petite heures pour aller retrouver ses neuveux sur une petite île à l'autre bout du continent, Phileas Fogg en aurait été assis !
A l'aéroport de Noi Bai il n'y avait quasiment pas d'attente à l'immigration, ça change des US. En théorie j'avais réservé un taxi, mais en pratique ce n'est pas aujourd'hui que je saurais ce que ça fait d'avoir son nom sur un pannonceau après la douane. On doit se sentir vachement important ! Là j'ai improvisé avec ma bonne étoile: rencontré par hasard mon N+2 qui organise une conférence à Ha Noi, descendait du meme vol, avait une place de libre dans la voiture qui l'ammenait à son hotel, juste à coté de la gare routière. Bref a peine le temps de retirer quelques millions au distrib, commander une collation légère (banh bao, chà) mais restauratrice, et me voilà dans le bus pour Cat Ba. Le véhicule est confortable, A/C meme si il fait que 18 dehors (les gens sont en doudounes, bonnet et écharpe/masque antipollution!). La muzak de rigueur est du genre sirupeux. A l'arrière du bus, deux routards danois étudiants en Australie qui arrivent en train d'un trekking dans le Centre. Devant, je compte 12 chevelures en nuances de brun.
Sur la route ça klaxonne, ça écarte ou freine, ça doubladroite. Beaucoup de deux roues sans casque (meme en comptant celui conique en bambou). Sur le bord de route alternent les maisons tunnels (2 étages+terrasse, largeur une pièce, profondeur trois, avec échoppe), des usines / entrepots / autres établissements industriels (ça fait plaisir de voir que le pays se développe, l'objectif pour l'année prochaine est d'arriver à un PIB de 1.200$/hab), des petits garages, rizières, temples. L'architecture n'est pas vraiment Hausmannienne, plutot comparable à Lima, Pérou mais avec plus d'ame je préfère nettement.
Au tout début de ce blog je vous avais promis la comparaison entre Cat Ba et Tioman. Deux îles de la mer de Chine, l'une au large du Nord Vietnam, l'autre au large de la Malaisie. J'étais à Tioman il y a a peu près 20 ans, aussi agréablement surpris de constater le niveau de développement économique du pays. Étudiant très économique à l'époque (déjà), j'avais pris le cheapest resort genre $5/nuit pour une paillotte très sommaire: dormir sur une natte, les douches sont collectives. En marchant un peu dans la jungle on peut traverser Tioman pour aller se baigner sur la plage de l'autre côté, qui était encore plus grande et plus déserte. Attention aux oursins quand même. Après la sieste dans le hamac entre les cocotiers, avec un jus de fruit, le soir c'était promenade, guitare, jeux de société genre "qui suis-je" avec une étiquette au front.
Inutile de dire que j'avais complètement fondu pour les belles boucles dorées d'une routarde anglaise rencontrée à Singapour qui avait le coeur sur la main (c'était marqué sur son T-Shirt).Cat Ba est beaucoup plus vaste, au moins 20 km de diamètre. Comparable à Zanzibar mais plus vert, ou à la Guadeloupe, mais encore plus montagneux. Quand nous y étions avec Rose-Anne, Ulysse devait avoir 2 ans. Nous logions dans un hotel simple mais confortable sur le port. Il s'agit d'un charmant village de pêcheurs, avec paysage de petits bateaux en rade. Pour se baîgner on marche quelques hectomètres jusqu'à la plage d'à côté, si je me souvient bien le sable est assez gros et les vagues encore plus. Depuis le charmant village c'est développé, les hotels en béton ont crû et multiplié dans un processus d'urbanisation qui n'est pas sans points communs avec la Grande Motte ou la Costa Del Sol.
Bref si l'idée est de se remettre du voyage, et faire une microcoupure au calme sans internet, c'est plus nature ailleurs. J'ai donc réservé deux nuits dans un bungalow en bambou sur la plage à Cat Ông. Son nom veut dire île Monsieur, les vietnamophones apprécieront, les autres je vous laisse deviner la traduction de Cat Bà. Avec un peu de coopération céleste (BouyguesTel veut pas me roamer) je retrouve Duc, Alex, Roman et Valentin sur le quai. A propos de Duc et d'île, je vous ai parlé de Zanzibar ? Une autre fois peut être...
En fait ils sont arrivés quelques heures avant, nous nous sommes donc retrouvés à l'Ocean Beach Resort. Passons sur le manque d'apropos du nom du Resort, car primo l'océan est ailleurs, de facto nous sommes au bord d'une petite rade entourée d'îles, et deuxio un nom aussi commun valorise peu l'unicité du lieu. Le O.B. Resort, donc, est bien rempli mais à taille humaine. En plus du bâtiment commun il compte en tout 7 bungalows de 2 ou 3 chambres chacun, sur pilotis. En guise de chauffage il y a des bouillottes et surtout une couverture électrique sous les draps. C'est confortable et efficace.
Les lumières de la ville sont visibles mais à l'horizon loin sur l'eau, et à travers les murs de bambou tissé, on entend le bruit des vagues et des bateaux qui pêchent au lamparo, poussant un filet devant eux. Rien d'autre dans l'environnement immédiat, pas d'autre surface assez horizontale sur l'île pour construire. Sauf peut être tout à fait de l'autre côté de la montagne, de quoi mettre un bar et encore une poignée de touristes, mais ce n'est pas encore développé.
Nous avons voulu nous promener un peu à travers jungle, mais le sentier s'est avéré beaucoup trop raide et étroit avec Valentin, nous avons donc fait demi tour au bout de 20 mètres (de dénivellé). Roman lui s'est beaucoup amusé à grimper, et à user ses fonds de jeans en redescendant ! Finalement nous avons fini l'après midi à escalader les blocs sur la plage --vous avez dû remarquer que du côté de la Baie d'Ha Long c'est assez rocheux, voir ci dessous-- et à faire des courses de galop montés sur renne en plastique.